Plus loin que la nuit

2005, vidéo, couleur, sonore, 10’
France, 13', CFC+BW, STS
Production : Boulevard des Productions.
Réalisation : Robert Cahen
Assistante : Nguyen Sy Bang.
Montage : Thierry Maury
conception sonore : Francisco Ruiz de Infante (Autour de la Terre)

Hanoi 2004, une femme se coiffe dans la nuit, un train passe entre des maisons, une foule se presse, se bouscule et travaille, un enfant oublié attend.



Philippe Avril , Producteur vivant à Strasbourg, à propos de "Plus loin que la nuit"

Il est avant tout question ici de transport, de portage, de déplacements. Vélos, paquetages, camions se bousculent à l'image, la traversent, la passent. Un train comme fantôme qui semble ne jamais devoir arriver en quelque gare de Hanoï , qui perfore, absorbe, avale un espace urbain surpeuplé et confiné ; il se fait l'emblême de la tension quotidienne et de l'inattention habituelle des gens face à un ordre des choses qu'ils côtoient depuis leur nuit des temps.

Rien d'ethnologique ni de sociologique bien évidemment dans ce court film. La relation aux individus, aux visages, aux regards ne peut s'installer
qu'après avoir capté le bougé permanent de la foule anonyme qui traverse un écran surbondé. 

Et c'est en fait comme un voyage intérieur, mémoriel, intemporel, qui n'assigne aux images et aux sons aucun rapport immédiat au sens, à la continuité, au rationnel, qui demande parfois que les mouvements se ralentissent, qu'un autre horizon apparaisse – cette montagne plantée dans la mer qui suggère une autre immensité énigmatique –, que la nuit cède le pas au jour, que la nuit revienne, que le noir et blanc fasse glisser l'impression cinématique vers le cadrage photographique.

"Plus loin que la nuit" se clôt sur le visage d'une petite fille isolée qu'on dirait un peu perdue dans l'agitation urbaine. Il parle en contre-jour du sentiment qu'une ville nous échappera toujours comme elle semble même absente à cette petite fille.

Ce film, au fond, ne raconte rien d'autre et c'est déjà énorme : c'est le revers d'une visite, le contraire d'une approche documentaire, son déni, une preuve que la connaissance, voire même la reconnaissance, n'existent qu'en surface, un peu vainement, quand l'expérience double de la sensation et de l'irrémédiable étrangeté du monde ne les précèdent pas.